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Chic,choc et charme



jeudi 19 mars 2009

LE MARCHE DE L'ART

La parole est donnée au sociologue Laurent Jeanpierre qui à la Fondation s'exprime sur le marché de l'art
« Après coup » propose un exercice critique de l'actualité en appui sur des événements permettant de révéler certains traits distinctifs du contemporain.
Il est fréquent de dénoncer les effets néfastes du marché sur le monde de l'art, soit que la variabilité des prix entre artistes bouscule l'ordre esthétique et les jugements de goût, soit que les vicissitudes de la conjoncture économique affectent violemment - comme aujourd'hui - les revenus des acteurs de l'art et, en dernière instance, les possibilités créatives des artistes. Que le marché des œuvres enfle ou qu'il se rétracte, la représentation domine d'une passivité de l'art face à la fatalité apparente de l'économie. Il faudrait défendre la création la plus indépendante, ne pas céder aux sirènes de l'argent et aux pressions productivistes, ne pas être dupe des inflations spéculatives et résister aux arbitraires marchands ou bien encore se rétracter autant qu'il est possible des relations de marché, etc. Il s'agit à chaque fois de réagir, mais nulle part, ou presque, il n'est question d'agir, c'est-à-dire de transformer, autrement qu'à sa marge, l'économie.Nulle part, sauf peut-être chez les économistes eux-mêmes qui, plus nombreux depuis quelques années, s'intéressent de près aux marchés de l'art et de la culture parce que les transactions n'y semblent pas soumises aux lois de la théorie économique standard. Comment expliquer, par exemple, qu'une hausse considérable du prix d'une œuvre, loin de décourager la demande, puisse l'accroître ? Et comment comprendre qu'un jeune artiste inconnu et sans attache puisse, de l'autre côté du marché, tout de même trouver preneur ? Parce que la production et la consommation d'art déjouent les régularités ordinaires de l'offre et de la demande, l'art fait encore figure de mystère pour les économistes. Le fonctionnement des marchés de l'art témoigne ainsi de l'ancrage social et matériel de tout échange marchand, la plupart du temps oublié ou dénié : plusieurs intermédiaires sociaux et techniques (galeristes, commissaires, critiques, mécènes, plateformes internet, etc.) sont nécessaires pour que se forment des préférences et des consommateurs. En rendant plus visibles des mécanismes moins perceptibles sur d'autres marchés, le monde de l'art permet ainsi de renouveler l'analyse de leur fonctionnement le plus concret. Ainsi, à défaut d'agir déjà sur l'économie, l'art est en train de changer une partie de la science économique.
Avec leurs outils spécifiques, les artistes, aussi, interrogent la vie économique et le savoir censé en rendre compte. On se souvient de la critique de l'économie politique de l'art conceptuel anglais et américain ou de la critique institutionnelle allemande autour de Hans Haacke. On se souvient peut-être moins que Robert Filliou écrivit des rapports économiques avant de se tourner vers la création et de formuler artistiquement une nouvelle théorie de la valeur. L'argent et les mécanismes économiques ne sont pas seulement des repoussoirs pour les artistes contemporains : ils peuvent constituer des thèmes légitimes d'investigation et d'invention, comme en a témoigné, récemment aussi, la publication, passée largement inaperçue en France, du livre-catalogue Money (London, Thames & Hudson, Artworks series, 2004) de Katy Siegel et Paul Mattick Jr.
L'enjeu de cette séance est de revenir, avec deux protagonistes impliqués, sur ce double mouvement d'économistes tournés vers les transactions des mondes de l'art afin de développer une approche plus réaliste des marchés et d'artistes représentant, détournant et se réappropriant la théorie économique, ou bien les interactions sociales des marchés, afin de développer une création plus consciente de ses entraves comme de ses possibilités.

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