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Chic,choc et charme



mardi 20 octobre 2009

TUTTO FELLINI


Le cinéma italien est il mort avec Fellini ??
En tout cas Fellini survit à son œuvre, l’homme de Rimini a de quoi déplacer les parisiens qui trouveront en lui ce protée intello et populo à la fois.
Né en 1920 à Rimini il grandit à l’ombre du fascisme entre père affectueux et mère austère, aîné de trois enfants il fut le plus débridé de tous.
Curieusement il débuta, à l’âge de 17ans avec des crayons et n’aurait pas renié les Manga des ados de maintenant, ces traits furent la matière première de l’œuvre de cinéma qui a prolongé ses fantasmes sur la pellicule.
Travaillant dans des journaux satiriques (à Rome), en 1939, y trouva t’il le titre de son film le Satiricon (30 ans après)??
Le 7 ème art ne pouvait que s’épanouir en Italie, véritable usine à images avec l’apogée de la CineCittà, sublimée par le maître.
Touché par la superbe histoire d’amour avec Giuletta Massina (mariage en 1942) les plaintes lancinantes de la musique de la Strada ont martelé mes tempes
L’exposition vue cette fin d’après midi à la salle du Jeu de Paume a explosé dans ma tête,une faune bigarrée et déjantée,un monde un peu spécial qui lui valut à la fois les prix les plus enviés et les prises de position outrées du Vatican.
J’ai vécu un rêve éveillé d’une intense beauté et j’ai découvert l’univers fellinien.
Si je devais sauver d’un incendie les œuvres felliniennes, je me jetterais sur la Strada et sur la Dolce Vita. Il a transcendé l’amour celui du cirque dans l’un et celui de la vie dans l’autre ;
Mais la Dolce Vita vaut toutes les thèses de sociologie en passant au scanner la société romaine d’alors.
Marcello Mastroianni apparaît dans ce film comme le nonchalant blasé qui porte l’utopie et la déglingue à bout de bras…..la fontaine de Trevi bruisse dans la tête des visiteurs.
Curieusement le ressenti que j’ai eu à propos du beau Marcello c’est cette étrange altérité par rapport à Fellini. La relation qui a lié ces deux hommes s’est mise sous le sceau de la connivence.
Je soupçonne Fellini de mauvaise foi quand il disait « Non, non Marcello n’est pas moi, pas mon double !! »
Il disait qu « il lui donnait une piste, une suggestion…j’essaie de faire qu’il me ressemble, parce que c’est ma façon la plus directe de voir le personnage, et l’histoire. C’est une fonction délicate possible grâce à une profonde amitié et un désir exacerbé d’exhibition ! »
Pour avoir vu le film 81/2 dans lequel Mastroianni incarne un réalisateur dépressif, en mal d’inspiration, j’y trouve de quoi soutenir cette thèse de Fellini et de son double.
Fellini à mon sens a convoqué le talent des acteurs qu’il a su diriger, aimant ainsi ses comédiens, il était le metteur en scène afin que l’acteur entre en scène comme dans un défilé….d’ailleurs les scènes felliniennes sont des défilés voire des processions.
S’attachant à l’allure des comédiens il n’hésitait à faire des grimaces pour leur donner les mimiques.
Dans ce capharnaüm fellinien on trouve de tout dans cette expo qui vous propulse dans le Trastevere sulfureux avec une large sélection de films, d’affiches sublimes (voir les photos) à travers des interviews d’époque, des magazines (de véritables collectors).
Une exposition muséale consacrée au lyrisme fellinien font des parisiens les témoins privilégiés de ce moment majeur (quatre cents pièces, œuvres documents et films) dans un savant arbitrage d’images fixes et d’images animées.
Il faut saluer l’étrange pertinence du discours fellinien qui le rend si moderne et actuel dans sa diatribe sur l’hypertrophie médiatique, la télé poubelle ou la publicité savamment caricaturée.
J’ai dialogué ce soir avec l’âme du cinéma italien qui s’est inscrite à jamais dans l’éternité..une éternité que Fellini refusé d’envisager en avortant une œuvre (avec Mastroianni) sur l’au-delà…..comme un tabou …comme s’il ne voulait pas mourir.
La filmographie de Fellini a été hantée par ce besoin d’amour et de sexualité, curieusement j’ai appris qu’il avait appelé Pier Paolo Pasolini pour filmer les prostituées comme si lui ne savait pas le faire (voir le film sur les Nuits de Cabiria)
Io sono stato innamorato di Fellini…perché ? dans la transcendance de l’extraordinaire qui confine au sordide mettant à nu nos âmes de cinéphile.
Il n’y a que Fellini pour mettre sa vie en scène au cours d’une iconographie exceptionnelle consacrée par un Oscar (le quatrième et dernier pour l’ensemble de l’œuvre) et surtout il n’y a que ce rital foisonnant pour mourir la même année
Dans ce laboratoire du Jeu de paume j’ai découvert l’ADN du cinéma italien dans sa structure identitaire, une construction de l’œuvre mise en valeur par l’exposition.
L’autobiographie de l’homme qui se mirait dans le regard des femmes son altérité et l’incarnation de tous les possibles.
Alors que je venais me recueillir sur la tombe du cinéma italien j’en ressortis avec sa resurrection et à la jeune femme qui m’a abordé à la sortie alors qu’elle rentrait en me disant« alors ?? »
Je me suis entendu lui répondre « Tutto Fellini !!! »
Filmographie féconde
• 1948 : Amore (L'Amore), film en deux parties (I : La Voix humaine - Una voce umana - ; II : Le Miracle - Il Miracolo -) de Roberto Rosselini (assistant réalisateur et acteur sur la seconde partie)
• 1950 : Les Feux du music-hall (Luci del varietà) co-réalisation avec Alberto Lattuada
• 1952 : Le Cheik blanc ou Courrier du cœur (Lo Sceicco bianco)
• 1953 : L'Amour à la ville (L'Amore in città) co-réalisation avec Michelangelo Antonioni, Dino Risi et Alberto Lattuada : épisode Une agence matrimoniale (Agenzia matrimoniale)
• 1953 : Les Vitelloni (I Vitelloni)
• 1954 : La Strada
• 1955 : Il Bidone
• 1957 : Les Nuits de Cabiria (Le Notti di Cabiria)
• 1960 : La Dolce vita, (parfois intitulé La Douceur de vivre)
• 1962 : Boccace 70 (Boccaccio '70) co-réalisation avec Luchino Visconti, Mario Monicelli et Vittorio De Sica : épisode Les Tentations du docteur Antonio (Le Tentazioni del dottor Antonio)
• 1963 : Huit et demi (Otto e mezzo)
• 1965 : Juliette des esprits (Giulietta degli spiriti)
• 1968 : Histoires extraordinaires, co-réalisation avec Roger Vadim et Louis Malle : épisode Il ne faut jamais parier sa tête avec le diable (Toby Dammit)
• 1969 : Bloc-notes d'un cinéaste (Block-notes di un regista), documentaire TV
• 1969 : Satyricon (Fellini Satyricon)
• 1970 : Les Clowns (I Clowns)
• 1972 : Fellini Roma (Roma)
• 1973 : Amarcord
• 1976 : Le Casanova de Fellini (Il Casanova di Federico Fellini)
• 1979 : Répétition d'orchestre (Prova d'orchestra)
• 1980 : La Cité des femmes (La Città delle donne)
• 1983 : Et vogue le navire... (E la nave va...)
• 1985 : Ginger et Fred (Ginger e Fred)
• 1987 : Intervista
• 1990 : La Voce della luna, (parfois intitulé La Voix de la lune)

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