UN MAGAZINE CHIC,CHOC ET CHARME

Un magazine jamais vendu en kiosque,uniquement lu sur le net pour et par les écrivains et tous les artistes aimant l'art du bien vivre et qui veulent lire en musique.
Chic,choc et charme



dimanche 23 juin 2013

LES GENS HEUREUX LISENT ET BOIVENT DU CAFE de Agnès Martin-Lugant



Les gens heureux lisent et boivent du café..déjà !!!rien que le titre !!!!!!
Il en va de ces livres comme les vins d’été…..si légers (au sens noble du terme) qu’on les découvre par hasard,on se met à les consommer, et curieusement des heures, voire des jours plus tard ils laissent des traces Le roman d’Agnès Martin–Lugand appartient à ce cru littéraire…..

Je me garderai bien d’évoquer l’épopée de son édition (Paris Match ,France Inter ont suffisamment bien évoqué le phénomène).

Un animateur TV(déplaisant) n’avait pas aimé…il ne lisait que du Proust…dommage..mais merci à lui ..un roman qui lui a déplu à ce point ne pouvait que me plaire….

« La bêtise des gens consiste à avoir une réponse à tout. La sagesse d’un roman consiste à avoir une question à tout. » disait Milan Kundera...
Je me suis dit que la personne qui avait mis ce titre à ce livre méritait de voir son livre exposé à cœur ouvert et avait des choses intéressantes à nous dire et de bonnes questions à nous poser.
Une histoire qui démarre fort, de suite, on apprend la mort de la fille et du mari de Diane Diane se met soudainement à songer à son mari et sa fille….« Ils étaient partis en chahutant dans l’escalier. […] J’avais appris qu’ils faisaient encore les pitres dans la voiture, au moment où le camion les avait percutés. Je m’étais dit qu’ils étaient morts en riant. Je m’étais dit que j’aurais voulu être avec eux. ».

Ce drame épouvantable va laisser Diane seule face à ses interrogations, à sa fragilité partagée entre tristesse et remords..une vie brisée. Le temps passe mais n’apporte pas la paix à Diane qui ne remonte pas la pente…malgré l’aide ….Cet ami qui ne peut sortir Diane du sarcophage des souvenirs, baigné par les pleurs et les regrets. L’exil !!mais oui pourquoi ne pas partir en Irlande….elle prit la décision de louer et vivre dans un cottage appartenant à Abby et à son mari Jack . Elle était loin d’imaginer que la présence du neveu de ses hôtes qui à défaut de la soustraire à son chagrin va lui pourrir la vie et mettre les souvenirs des jours heureux entre parenthèses... Le temps passe mais n’apporte pas la paix à Diane qui ne remonte pas la pente .Dès lors, tout se fige en elle, à l’exception de son cœur, qui continue de battre. Obstinément. Douloureusement. Inutilement. Égarée dans les limbes du souvenir, elle ne retrouve plus le chemin de l’existence. C’est peut-être en foulant la terre d’Irlande, où elle s’exile, qu’elle apercevra la lumière au bout du tunnel….

Diane, 32 ans, est au fond du gouffre. Elle a perdu tout ce qui comptait pour elle, et même Félix, son ami de toujours et associé, n'arrive plus à rien. Une seule solution : s'exiler, partir au milieu du nulle-part de l'Irlande pour se recentrer, faire le point et se prouver qu'on est toujours en vie. A découvrir. Diane si fragile qui ne pouvait rien faire sans son mari va se confronter à la rudesse chaleureuse des Irlandais ….et faire une rencontre surprenante, celle d’Edward le neveu du couple ..une rencontre marquée par le sceau d’une antipathie farouche et réciproque…entre deux personnages cimentés par leur propre solitude. Vont-ils finir par s’apprivoiser ?? Diane va-t-elle rester fidèle à la mémoire de Colin, son mari disparu ?

Au moment où tout semble s’arranger, intervient cette femme étrange venue de nulle part « Force était de constater qu’aucun homme ne pourrait lui résister. Elle était magnifique, avec sa robe noire qui n’était ni vulgaire, ni aguichante. Juste sexy, classe, dévoilant ce qu’il fallait de peau pour donner envie d’en découvrir plus. » Une histoire simple, banale ?? L’histoire de Diane ??

Le livre démonte très bien la question de la mécanique du deuil et les incertitudes suite à la disparition d’êtres chers….

Un récit nous fait passer par toutes les émotions. Impossible de rester insensible au parcours tantôt dramatique, tantôt drôle de cette jeune femme à qui la vie a tout donné puis tout repris, et qui n’a d’autre choix que de faire avec.
Ce qui m’a plu dans cette brillante analyse c’est la manière dont l’auteure dissèque avec finesse, humour et tendresse les mécanismes de l'âme humaine pour nous livrer des récits qui nous parlent et qui nous vont droit au cœur. On en oublie, comme Diane /Agnès, le décor de ces terres brûlées par les vents …..ces vents qui parcourent la lande et ébouriffe les cheveux des hommes comme Heatcliff ,un air des Hauts de Hurlevent souffle sauvagement dans nos cœurs…. Il s’installe immédiatement, au fil de la lecture, une empathie avec l’héroïne de ce récit émouvant …qu’aurions nous fait à sa place..consulter un psy…fuir ???

Pour Agnès ce fut la solution de l’exil…. « C’était difficile de me sentir chez moi, rien ne me rappelait ma vie d’avant. La nuit n’était pas éclairée par les lampadaires ni animée par les bruits citadins. Lorsque le vent faiblissait, le silence en devenait oppressant. J’aurais rêvé que mes voisins (toujours absents) fassent une grosse fête pour avoir une berceuse. Les odeurs entêtantes des pots-pourris n’avaient rien à voir avec celle du parquet ciré de notre appartement, et l’anonymat des commerces parisiens était définitivement très loin. » Va-t-elle revenir à Paris ? Voilà j’ai lu la carte du tendre…..un beau récit sur l’amour, la volonté et un portrait de femme dans sa relation avec les hommes….des hommes indécis, tiraillés, comme on en voit tous les jours…une histoire simple de la complexité des sentiments..une histoire d’aujourd’hui.

Bouleversé et chamboulé Agnès, votre Diane m’a émue…puisse t’elle bien mieux se porter dans sa nouvelle vie…juste un mot.. ;dites lui de moins fumer !!!! Un conseil…si vous lisez cet ouvrage dans le train ..surveillez les stations, une fois commencé, vous ne le lâchez plus !!
Henri Delorme©Le MagChic Juin 2013

Broché: 253 pages
Editeur : Michel Lafon(6 juin 2013)
Langue : Français
ISBN 13: 978-2-7499-1998-O
Prix :14,50€

samedi 15 juin 2013

LE BAR DU CAÏMAN NOIR de Denis Humbert


De la Guyane que savons nous ?? à part le bagne et la rampe de lancement des fusées ??
Tout a peut-être commencé ici, des millions d'années plus tôt, dans les profondeurs fécondes de la forêt humide.

Le docteur Charpentier s'interroge : dernier refuge ou point de départ d'une nouvelle vie ?
Justement le roman de Denis Humbert répond à cette question l’arrivée dans ce milieu moite où il y a 4 saisons ..de pluie,et où les apatrides et les paumés songent à un nouveau départ.
Je m’attendais à un roman d’aventures..j’ai eu droit à mieux.
.Un roman d’aventuriers. Une anamorphose humaine se dessine autour de la forêt,du fleuve et …du bar du Caïman Noir et un ballet étrange d’individus interlope se déroule dans la perspective d’une soirée étrange qui s’est terminée de façon tragique, dans ce bar La narration retrospective portraiture une Guyane, véritable babel d’êtres aux origines ethniques différentes, entre des Brésiliens qui saccagent la forêt et les chercheurs d’or qui ne songent qu’à exploiter ces derniers.
La brutalité de ces misérables garimpeiros se développe et leur activité contribue à implacable climat de violence. Dans ces terres lointaines les corps torturés et assassinés ne se retrouvent pas facilement et les opérations policières(stériles) ne sont que pour rappeler que la Guyane est un département français….pas tout à fait comme les autres, il faut en convenir.

Dans la conquête brutale de l’El Dorado on pourrait imaginer l’harmonica du film Il était une fois dans l’Ouest, tant l’atmosphère nous le rappelle.
Guyane, la jungle, la fièvre de l'or. Des hommes et des femmes en attente d'un second souffle se retrouvent dans ce bout du monde avant et après « le jour où c'est arrivé »... La Guyane cette contrée où les choses sont simples, n’offrirait elle que trois choix possibles ? ….le littoral,la forêt ou le fleuve, quand bien même le fleuve coulait au milieu de la forêt …tel un cloaque putride infesté par les moustiques.

Un refuge pour Thomas l'affairiste véreux. Lesté d’un passé métropolitain ,il est venu pour se refaire une virginité et n’aura aucun scrupule à importer de la « main d’œuvre » brésilienne bon marché pour satisfaire sa soif de l’or Sofia la prostituée brésilienne, favorite du patron du bar s’illusionne en pensant pouvoir revenir au pays Caporal Bob l'ancien légionnaire, qui n’a eu la choix qu’entre vingt ans de prison ou quinze ans d’armée...Comme une renaissance pour Alia et Simon, comme une éclaircie après les pluies, Le Bar du Caïman noir déroule l'idylle entre Alia – brillante chercheuse spécialisée dans les parasites et issue des cités de la banlieue de Paris – et Simon – consultant cynique que s'arrache le monde des affaires apporte un peu de douceur dans ce monde de brutes….
Frantz l'Amérindien, le batard qui se nourrit de la haine du colon est né ici. Il sillonne le fleuve, attendant son heure pour redonner sa place à son peuple, « ou du moins ce qu'il en reste ». Il ne laissera pas disparaître le monde de ses ancêtres rongé par les garimpeiros, orpailleurs clandestins et prédateurs voraces. Mais quel poison est le plus meurtrier, le mercure déversé dans les rivières ou la modernité qui s'avance ?...
« Le jour où c'est arrivé », ces trajectoires finissent pourtant par se croiser, au bar du Caïman Noir. C’est un 6 juin où vous pourrez débarquer au Bar du caïman, la moiteur tropicale transpire des pages et le jour où ce livre m’ est arrivé entre les mains ce fut un bonheur de le lire.


Henri Delorme©Le MagChic Juin 2013
Prix : 19 €
DATE DE PARUTION : 06/06/13
EDITEUR : Presses de la Cité
ISBN : 978-2-258-09709-4
EAN : 9782258097094
PRÉSENTATION : Broché
NB. DE PAGES : 280 pages
POIDS : 0,388 Kg
DIMENSIONS : 14,3 cm × 22,6 cm × 2,4 cm

samedi 1 juin 2013

LE MAGCHIC RELAIE LA LETTRE DES LIBRAIRES



La presse de ces dernières semaines est riche d’actualités concernant le secteur du livre : annonces ministérielles pendant le Salon du Livre, géants du secteur ébranlés, polémiques fiscales sur les opérateurs de vente en ligne, et plus globalement nombreuses interrogations dans les médias sur l’avenir du livre, de la librairie, et de la librairie indépendante en particulier avec ses 13000 salariés répartis dans quelque 3000 librairies dans tout le pays.
Le moment nous semble donc particulièrement propice pour nous interroger sur l’organisation de cette filière dont la librairie indépendante est le cœur.
Les difficultés rencontrées par les librairies indépendantes et leurs causes sont pourtant connues :
- faiblesse des marges brutes bien inférieure en moyenne à celle de nos principaux concurrents (vente en ligne, grandes surfaces et chaînes spécialisées), et souvent bien inférieure aux autres commerces,
- concurrence déloyale constituée par la violation de l’esprit de la loi Lang et l’optimisation fiscale de grands acteurs du secteur comme Amazon.
-
C’est à ces causes qu’il faut apporter des solutions. Nous proposons donc que l’ensemble des acteurs de la chaîne du livre s’emparent, enfin, de ces problématiques avec les pouvoirs publics pour y apporter des solutions rapidement car l’urgence de la situation l’exige.

Proposition n°1 : passage à un taux de remise unique de 40 %, niveau de remise acceptable pour l’ensemble des libraires indépendants qui permettrait de compléter les principes de la loi Lang par le prix unique du livre à l’achat. Afin de rajouter un peu de cohérence entre actes et discours, il semblerait également opportun que des critères d’appartenance à la filière du livre (code NAF par exemple) permettent de différencier les vendeurs de livres des lieux où on vend des livres.
Devant l’effondrement des grandes surfaces culturelles spécialisées, les librairies indépendantes restent le seul réseau permettant la découverte de nouveaux auteurs, le lancement de titres ou de collections… Il serait normal qu’il bénéficie de la part des éditeurs et distributeurs d’un traitement égal à celui des autres filières de vente, et il en va de notre intérêt commun de favoriser la diversité des acteurs plutôt que de favoriser la création de quasi monopoles ou cartels d’achat. Cette mise à niveau du taux de remise répondrait de manière pérenne aux difficultés du réseau.
Cette même proposition du prix unique pourrait être étendue aux livres scolaires, tant qu’il y en a, secteur duquel les librairies ont été exclues au profit de marchands de livres et de papeteries. Cela permettrait à l’État et aux collectivités locales de favoriser les liens entre établissements d’enseignement et les libraires, acteurs culturels locaux.



Proposition n°2 : suppression de la remise spéciale faite aux collectivités.
Ce n’est pas aux libraires de permettre l’enrichissement des fonds publics ou associatifs des bibliothèques, il s’agit bien d’une compétence de la puissance publique (État et collectivités locales). Ainsi, la suppression de la remise de 9 % remettrait immédiatement 1 à 2 points de marge dans l’économie de beaucoup de librairies. La remise serait alors limitée à 5 %.

Proposition n°3 : mise en place d’un environnement économique favorable aux librairies.
À l’heure du « redressement productif », de la « relocalisation économique », du « consommer local », de la « lutte contre l’évasion et la fraude fiscale », une réflexion doit s’engager sur l’application des règles communautaires concernant le code des marchés publics. Dans un domaine où la collectivité n’a pas d’avantage financier à attendre (grâce à la loi sur le prix unique du livre), les critères retenus doivent être des critères de qualité professionnelle : labels (librairie de référence ou label LIR), proximité et facilité pour les bibliothécaires de consulter les livres, bilan écologique de la livraison finale, création de lien social et d’activité culturelle locale pour les structures concernées…
Il faut revenir à une application de l’esprit de la loi Lang concernant le port offert sur l’achat en ligne de livres. La situation actuelle crée une distorsion de concurrence visant à éliminer l’apparition de toute concurrence sur le Net, par l’impossibilité économique pour les librairies de suivre ce pari imposé, à perte, par un acteur aux pratiques fiscales et sociales discutables.
Il faut enfin considérer qu’au même titre que la presse la diversité éditoriale contribue à la liberté d’opinion et d’expression : application du taux super réduit déjà applicable à la presse.

L’ensemble de ces mesures (exceptée la dernière concernant le taux de TVA) est à coût nul pour les finances publiques, et à coût très faible pour les éditeurs ou distributeurs (une vingtaine de millions d’euros sur 4,2 milliards, estimation réalisée sur la base des chiffres de 2011 du marché du livre, et de la répartition entre les différents réseaux de vente).

La loi Lang avait permis le maintien de l’existence d’un réseau de librairies face au danger de la concentration, en permettant sur tout le territoire l’accès à une offre éditoriale diversifiée et de qualité.
Le nouvel acte auquel nous appelons doit nous permettre de répondre à un nouveau défi : celui de la déshumanisation des rapports sociaux. Il doit simplement répondre à la question de la volonté, ou non, de privilégier l’existence de lieux de vente physiques favorisant le lien social et le vivre-ensemble .
Libraires et éditeurs y ont un intérêt commun. Plus globalement nous pensons que la société y a intérêt.